Interviews

Lundi 16 janvier 2006

Phil Lynott, le légendaire leader de Thin Lizzy est décédé au début de janvier 1986, il y a vingt ans maintenant.
Cet entretien a été mené en juillet 2005, en compagnie de Roddy Cleere, animateur sur une radio irlandaise et surtout membre du Roisin Dubh Trust Fund. Roddy, de quoi s’agit-il ?


Eh bien, le Trust a été fondé à Dublin le premier janvier 1994 avec pour objectif de commémorer la vie artistique de Philip Lynott, le chanteur / bassiste, leader de Thin Lizzy. Nous voulions vraiment faire vivre son nom et sa mémoire, faire en sorte qu’il reste vivant, d’une certaine manière.
Pour cela nous organisons des événements, des hommages un peut partout en Irlande mais aussi en Angleterre, au Pays de Galles et jusqu’au Japon ! Et même si nous ne pouvons pas nous déplacer jusque là-bas, nous leur envoyons ce que nous pouvons pour faire l’événement : un message video de Philomena (la mère de Phil, N.d’I.) spécialement enregistré pour l’occasion, etc.
Nous essayons d’encourager les publications au sujet de Phil, nous éditons du merchandising, des t-shirts et plein d’autres trucs. Et nous étudions très sérieusement l’idée d’ouvrir un centre d’exposition permanente, une sorte de musée où l’on pourrait retrouver des objets en rapport avec la vie de Philip. C’est assez difficile, principalement en raison des coûts que cela suppose, en terme de loyer surtout. C’est notre prochain grand projet. Et nous espérons bien arriver au bout, si tout va bien.
Nous apportons aussi notre soutien aux fan-clubs Thin Lizzy à travers le monde et au fur et à mesure que nous devenons plus importants, nous sommes mieux en mesure de coordonner les efforts faits par les uns et les autres pour monter des projets et essayer de créer des événements, par exemple organiser des concerts ou des tournées de tribute-bands, etc.

Cet entretien a lieu à l’occasion d’un événement très particulier : l’inauguration de la statue de Phil Lynott en plein cœur de Dublin, le 20 août, qui sera suivie d’une nuit de concerts et on y verra beaucoup de gens ayant appartenu à Thin Lizzy comme Gary Moore (guitare), Brian Robertson (guitare), Scott Gorham (guitare), Brian Downey (batterie), Eric Bell (qui fut le premier guitariste du groupe) mais aussi des formations comme Therapy? ou encore des personnalités comme Brush Shiels. Comment se sent-on à l’approche d’un tel événement ?
 
Nous sommes évidemment très heureux parce que nous y avons travaillé longtemps, cela fait plusieurs années maintenant et nous avons eu la chance de d’œuvrer en collaboration avec beaucoup de gens talentueux et dévoués. Ce fut une grande expérience…
L’inauguration de la statue sera un moment particulièrement poignant. Un moment de grande fierté aussi si l’on considère que la statue est située en haut de Grafton Street et que rien ne nous disait au départ que ce serait possible. Grafton Street est située en plein de cœur de Dublin, c’est une rue très commerçante et c’est aussi un endroit très emblématique pour Philip.


Par exemple, si vous regardez la vidéo du titre Old Town (sur le second album solo de Phil, The Philip Lynott Album - 1982, N.d'I.), vous y voyez Philip arpenter Grafton Street... Et quand il était là... il aimait aller s'y promener, il aimait y être vu...
Et bien sûr, la nuit suivante, le concert avec Gary Moore et tout ça... C'est fantastique !

Concrètement, concernant la statue, comment ce projet a-t-il vu le jour ?

Le choix de l’emplacement a été discuté avec le conseil municipal de Dublin et il y avait plusieurs possibilités bien sûr et Grafton Street était l’une d’entre elles. Pour être honnête, nous ne pensions pas l’obtenir mais nous avons quand même essayé. Le Trust a en effet été associé directement aux délibération du conseil municipal. Nous avons eu de nombreuses réunions où nous avons abordé des questions aussi différentes que nos motivations (sourire), l’emplacement évidemment, la taille de la statue, etc. Quand il a été question du financement, nous avons précisé que des donations avaient été faites depuis de nombreuses années, au cours de soirées-hommage par exemple. L’argent récolté était donc là prêt à servir.


Phil a maintenant sa place sur Grafton Street et je pense que c’est vraiment le meilleur emplacement possible.

Comment la nuit de concerts a-t-elle été organisée ?

Les concerts ont été organisés par une groupe appelé 19 Years d’après une référence évidente (le titre 19, sorti en single après le split de Thin Lizzy, en 1985, N.d’I.). Ce sont ces gens qui ont lancé les invitations et de nombreuses personnes ont été contactées. Ceux qui ont décliné l’on fait en général parce qu’ils avaient déjà contracté d’autres engagements auxquels ils ne pouvaient pas se soustraire.


Quel effet cela fait de se dire que pratiquement tout Thin Lizzy sera sur scène ce soir-là ?

Il est sûr qu’avoir autant de membres de Thin Lizzy sur scène va rendre les choses très spéciales. Je sens déjà l’émotion qui monte depuis plusieurs jours. Je pense que ça va être très fort.

Je n’ai pas entendu parler de gens comme par exemple Darren Wharton (claviers), ni John Sykes (guitare sur le dernier album de Thin Lizzy, Thunder & Lightning – 1983). Est-ce à dire qu’aucun titre de Thunder & Lightning ne sera joué ce soir ? Mais peut-être que ce qui sera effectivement joué reste un mystère…

Darren Wharton sera là avec son groupe Dare. John, je ne sais pas…
Je ne sais pas vraiment ce qui sera joué mais je sais que les grands noms sont là et je suis sûr qu’avec cette atmosphère très spéciale qu’il y aura ce soir-là, nous aurons droit à quelques surprises. Je ne suis moi-même pas très au courant bien que je soupçonne qu’il va se passer des choses. Je pense que ce sera grand.

Des nouvelles de Grand Slam ?

Ah, Grand Slam ! Grand Slam est apparu après la dissolution de Thin Lizzy, à une époque où Phil cherchait d’autres moyens d’exprimer sa créativité et c’est pour cette raison que ce groupe est aussi important. Phil est décédé peu après et ils n’ont donc jamais pu exprimer vraiment leur potentiel.
En ce qui les concerne, je ne suis pas sûr qu’ils seront tous là. Ils ne sont pas très facile à joindre, ni toujours tous disponibles (sourire).

Un mot au sujet de Brush Shiels, que j’évoquais tout à l’heure ?

Brush Shiels a eu une importance décisive, particulièrement au début puisque c’est lui qui a enseigné la basse à Philip. Ce sera un grand honneur de l’avoir avec nous ce soir-là et cela même s’il ne se contentait que d’une apparition.

Pour conclure ?

Je pense que ce sera un grand moment et je pense à ceux qui ne pourront pas être là… Je sais qu’un grand nombre de gens sera là par la pensée, certains nous ont même envoyé de l’argent pour soutenir l’action, ce qui finit par faire une somme… !
Bien sûr, j’espère que ce sera un succès et dans les semaines, dans les années qui viennent, les gens qui viendront à Dublin pourront voir cette statue située au cœur de la ville, une ville qu’il aimait tant et qui rend ainsi un bel hommage à Philip Parris Lynott.

Un dernier mot : l’inauguration de la statue fut effectivement un grand moment. Parmi la foule compacte qui avait envahi le rue se trouvaient Philomena Lynott bien sûr, Mme le maire de Dublin, Gary Moore, Darren Wharton, Brian Downey, Eric Bell, Scott Gorham et Brian Robertson, Chris Tsangarides (producteur ayant travaillé également avec Angra, Judas Priest, etc.) et bien d’autres, connus et anonymes venus participer à cet événement.


Beaucoup d’émotion a tel point que Brian Robertson a eu du mal à se contenir et même dû un moment être consolé par Philomena. Son émotion a ainsi transparu pendant toute la durée du concert de la nuit suivante. Inutile de vous décrire l’ambiance qui a régné cette nuit-là !

Des photos, des témoignages sur le site du Roisin Dubh Trust Fund à l’adresse suivante : www.roisindubh.info.

Il existe des recueils de poésies composées par Phil, mais pas de traduction française connue à ce jour. Si vous maîtrisez l’anglais et le gaélique…

Et il y a les albums bien sûr !
Pour ceux qui veulent découvrir Thin Lizzy et qui aiment le rock psychédélique seventies, commencez par :

Vagabonds In The Western World (1973),
avec notamment le marquant et très hendrixien The Rocker.

Si vous préférez le hard rock, voyez du côté de :


Jailbreak (1976),
un classique !
Avec notamment le grand succès du groupe The Boys Are Back In Town.

L’album avec Gary Moore, c’est :


Black Rose (Roisin Dubh) – A Rock Legend (1979),
une succession de grands titres et de duels épiques !

Si vous avez une  préférerence marquée pour le heavy metal bien appuyé, écoutez :


Thunder & Lightning (1983),
dont le titre résumé exactement ce que l'on y trouve !

Mais peut-être avez-vous un penchant pour les albums live :

Live & Dangerous (1978),
un classique du hard rock en concert !

Mais aussi :

Life (1983),
assez souvent critiqué pour son mixage, c'est néanmoins un magnifique chant du cygne : tous les tubes sont là et tous les guitaristes de toutes les époques s'affrontent sur scène ! Un must !
Et qui sait ? Un jour peut-être aura-t-on droit à une réédition avec les bandes retravaillées...
En attendant, c'est quand même en l'état un classique du heavy metal sur scène.

Si vous voulez tout découvrir d’un coup, inédits et extraits d’œuvres solo compris, il existe un beau coffret avec quatre disques, c’est :


Vagabonds, Kings, Warriors, Angels (2001).

Par Ibuse
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Mercredi 22 mars 2006

Voilà.
Cela devait arriver.
Après avoir produit deux albums de grande classe ces deux dernières années, All For You en 2004 et Schizo Deluxe en fin d'année dernière, Annihilator produit un DVD, 10 Years In Hell, qui retrace l'histoire du groupe depuis ses débuts jusqu'à l'an 2000.


10 Years In Hell - DVD © 2006 SPV / Wagram

C'est l'occasion de mettre enfin en ligne cet entretien avec JeffWaters, réalisé en novembre 2005, à l'occasion de la parution de Schizo Deluxe.
Voici donc la bête !

Annihilator est entre autres bien connu pour ses nombreux changements de personnel. Alors Annihilator, c’est un groupe ou un nom derrière lequel se cache la carrière solo de Jeff Waters ?

Manifestement, c'est la dernière option qui est la bonne.
C’est effectivement mon projet solo même si cela a commencé avec un nom de groupe parce que c’était sensé être un groupe. C’était du moins l’intention de départ. Il y a une vingtaine d’années maintenant, nous étions un groupe. Les musiciens qui le composaient étaient des gens sympathiques et tout se passait bien mais voilà : personne n’essayait vraiment de composer, personne ne s’entraînait vraiment pour les répétitions… Il s’agissait surtout de sortir boire des bières, s’amuser avec sa copine ou partir à la recherche de filles, aller en boîte, etc. C'est cool, bien sûr, c’est normal pour la plupart d’entre nous et je l’ai fait aussi mais lorsque Annihilator a vraiment commencé, j’ai du mettre tout cela de côté pour me concentrer sur la musique et comme les autres ne voulaient pas vraiment s’y mettre, eh bien, j’ai tout naturellement commencé à tout prendre en charge. J’ai appris à jouer de la basse, à programmer une boîte à rythme, j’ai commencé à écrire des chansons et comme je ne pouvais pas toujours joindre le chanteur, j’ai commencé à chanter sur les démos que j’enregistrais, etc.
Donc, quand je repense à tout cela, c’est vrai que je voulais un groupe au départ mais ensuite, ce mode de fonctionnement s’est imposé avec le temps.


Jeff Waters 2003 - depuis, les cheveux ont repoussé !

C’est comme ça que j’ai pris l’habitude d’engager un batteur de studio pour enregistrer les parties que j’ai écrites, je lui montre à quoi je pense, ce que je veux et il frappe ! J’enregistre moi-même toutes les guitares, la rythmique, les solos, j’enregistre la basse, etc. J’ai vraiment appris à faire pratiquement tout tout seul à partir des chansons que j’écris. Par exemple, j’ai écrit tous les titres des deux derniers albums.
Quand tout ce travail d’enregistrement est fait, je cherche un chanteur.
Donc c’est effectivement une carrière solo mais je dois dire que je suis heureux d’avoir pu collaborer avec autant de musiciens de talents au fil des années.

Le problème de base n’était pas la motivation, j’imagine, mais bien plutôt un manque de professionnalisme, on peut dire ça comme ça ?

D’une certaine façon oui. Ce n’était pas mon intention au départ de tout faire moi-même comme cela mais c’est devenu naturel. Je me suis mis à la console pour apprendre à enregistrer des démos « propres », quitte à produire moi-même certains titres ou albums. Apprendre à faire cela n’a pas été difficile : il m’a suffit de regarder ce que faisaient les ingénieurs du son avec qui j’ai travaillé.
Il faut préciser que je n’ai jamais vraiment eu un métier. Je n’avais pas à aller au boulot la journée en réservant mes soirées pour aller jouer avec mon groupe. Je fais de la musique à plein temps quasiment depuis le début et ça m’a donné tout le temps d’apprendre comment se font les choses.
Alors ça peut paraître étrange, surtout pour ceux qui découvrent le groupe et son histoire, mais il n’y a pas de dictateur au sein du groupe, pas d’autorité suprême qui impose ses volontés. C’est mon projet, c’est tout. Je fais tout moi-même et des gens de talents m’aident à finir le boulot.

Dans ces conditions, David Padden est une sorte d’exception.

David est en effet dans le groupe depuis plus de trois ans maintenant et nous avons fait deux albums ensemble.
Quand il est entré dans le groupe, sa situation était semblable à celle de ses prédécesseurs. Tout d’abord, comme la plupart des autres, ce n’était pas un chanteur professionnel. Au départ, il est guitariste. Celui qu’il a remplacé, Joe Comeau et qui a été lui aussi une très grande voix pour Annihilator, jouait de la guitare dans le groupe Overkill. Et si l’on revient aux tous premiers temps d’Annihilator, à l’époque d’Alice In Hell, notre chanteur Randy Rampage, l’un de nos tous meilleurs frontmen, eh bien Randy Rampage était jusque là bassiste dans un groupe punk.
J’ai donc acquis la réputation de recruter des gens qui n’étaient pas des chanteurs professionnels. Je les amène dans un studio, je les implique dans le processus de création de l’album et ils deviennent les chanteurs de talent que le public découvre ensuite. Bon, ce n’est pas seulement moi, je veux dire que ce sont quand même eux qui chantent et qui font le plus dur mais je suis capable de les amener à ça.
D’une manière générale, j’ai de la chance avec mes chanteurs car ils ont tous leur propre style et certains me disent « oh, Randy Rampage a été ton meilleur chanteur », d’autres préfèrent l’époque Never Neverland et ils doivent être nombreux puisque celui-là, Never Neverland, est notre plus grosse vente à ce jour.
Pour en revenir à Dave Padden, nous avons fait deux albums ensemble, il est toujours là et j'en suis très heureux.


Schizo Deluxe © 2005 AFM / Underclass

Schizo Deluxe est le onzième album d’Annihilator. Qu’est-ce que cet album a à dire ? Qu’est-ce qu’Annihilator a à dire au monde, aujourd’hui, en 2005 ?

Je pense que lorsque nous avons enregistré l’album, il n’y avait rien de particulier à dire.
C’est surtout quelque chose que je fais pour moi, comme les autres disques d’ailleurs. Et quand c’est fini, je suis un peu fatigué de tout ça, j’en ai un peu marre et je ne veux surtout pas l’écouter, surtout après avoir passé plusieurs mois dessus. Dans ces cas-là, j’ai surtout besoin de repos et de penser à autre chose. Habituellement, je ne veux même pas écouter de la musique.
Du coup, je ne sais pas vraiment si l’album est bon. D’habitude, c’est la presse qui te donne les premiers indices, quand tu fais les interviews et tout ça. Les journalistes donnent leur opinion et franchement, je ne les vois pas me mentir parce que le lendemain, ils seront avec James Hetfield ou Dave Mustaine ou Kerry King ou Angus Young alors je ne les vois pas mentir à Jeff Waters, tu vois, au sujet de savoir s’ils aiment l’album ou pas. Ils sont en général très honnêtes avec moi et je sais très vite si j’ai produit un très bon album ou juste un bon album. Ou un « pas si bon » album que ça (rires).
Comme il n’y a pas vraiment de message dans l’album, c’est ensuite la réaction du public qui me dira si c’est bien ou pas. Et en ce moment, avec l’album qui est distribué aux Etats-Unis et au Japon, les réactions du public sont très positives et le phénomène s’amplifie. J’ai donc vraiment l’impression d’avoir sorti l’un des mes meilleurs albums.
Franchement, quand tu composes un album, que tu écris une chanson, tu penses toujours que ce que tu fais est vraiment bien et il y a beaucoup de musiciens qui pensent et qui disent « ah, notre dernier est vraiment notre meilleur album »…

Oui, on en connaît comme ça… (rires)

N’est-ce pas ? (rires)
Mais en fait ils ne font pas ça pour te mentir pour te vendre leur disque mais parce que c’est la même chose quand tu peins ou que tu écris de la musique, c’est comme ton bébé, c’est tout neuf, tu as envie de le défendre.
Ce n’est que plus tard, trois mois, six mois, un an plus tard,  que tu peux être honnête et dire « ah oui, peut-être que mon album n’était pas si bon finalement, il y a des chansons faiblardes, etc. »
Donc, j’ai surtout appris à juger à partir des réactions de la presse et des fans.

Bon, eh bien, je vais retenir la leçon en tout cas, j’essaierai de ne pas mentir à propos de la qualité de Schizo Deluxe

(Rires) Oh, tu sais, les journalistes sont vraiment honnêtes parce que pour la plupart, ils sont comme toi, en fait : ils connaissent Annihilator depuis des années et ils sont rarement fans de tous les albums que j’ai pu produire. Ils sont parfois vraiment très différents les uns des autres et c’est un des aspects intéressants d’Annihilator : si tu n’aimes pas un de nos albums, le suivant peut très bien te plaire.

Et si l’inverse est vrai ?

C’est un risque à courir (rires) mais on ne peut pas toujours plaire à tous. (rires) De toute façon, ce n’est pas calculé mais il est vrai que nos albums sont très différents les uns des autres.
La nuit dernière, quelqu’un m’a dit…

Tu vis la nuit ?

Hey, c’est l’hiver ici ! C’est le Canada ! (rires)
Quelqu’un m’a dit la nuit dernière que la chanson The Fun Palace contient le meilleur solo de guitare qu’il ait jamais entendu. Alors comme je l’ai sur mon ordinateur je l’ai réécouté et c’était la première fois depuis… des années ! (rires) Au moins ! (rires)
Pourtant, pour moi, ce n’est pas difficile de réécouter mes propres chansons. Je ne suis pas du genre à m’asseoir et dire « ah, j’aurais du faire autrement, le mixage aurait du être comme-ci, ce truc-là aurait du être fait comme-ça, etc. » Parfois, j’écoute un de mes vieux titres et je me dis « Wow ! » (rires)
Et là je me suis dit que The Fun Palace est vraiment bien et du coup, je veux la jouer sur la prochaine tournée.


Never Neverland © 1991 Roadrunner

Tu vas en changer les arrangements ? Je veux dire que ce que tu as en tête en l’écoutant aujourd’hui est peut-être différent de ton état d’esprit à l’époque où tu l’as composé.

Oui, c’est vrai et elle sera sûrement jouée différemment, oui. Annihilator change tout le temps. Nous ne sommes pas comme Ac/Dc ou même Slayer… Quand tu écoutes le rythme de batterie d’Ac/Dc ou le son agressif des guitares de Slayer, tu sais immédiatement à qui tu as affaire. Ils ont leur propre style, leur propre manière de faire et cela change très peu d’un album à l’autre. Attention, ces deux groupes sont parmi mes préférés ! Et c’est peut-être ça que j’aime chez eux : le style est bien défini une fois pour toutes.
Mais Annihilator est à l’opposé de cela : nous changeons pratiquement à chaque album.

Et par exemple, Schizo Deluxe et beaucoup plus hargneux qu’All For You qui privilégiait bien davantage les aspects mélodiques.

C’est exact. Certains me disent « oh, Carnival Diablos est ton meilleur album » et quand je reprends le téléphone vingt minutes plus tard, on va me citer Never Neverland, puis le suivant parlera d’Alice In Hell et un autre me dira qu’il a adoré All For You. J’en ai même eu un qui m’a dit : « mon préféré, c’est King Of The Kill, celui où tu chantes, Jeff !» (rires) Chacun a ses préférences et je crois que cela aussi a contribué à maintenir Annihilator en vie.
J’ai moi aussi mes préférences. Il y a trois ou quatre albums que je trouve plus réussis que les autres et c’est très clair pour moi. Mais ce ne sont pas nécessairement ceux que les autres apprécient.

Tu veux dire que tu préfères Remains ?

(Rires) Oui euh, ça c’est l’exception qui confirme la règle, c’est celui que les gens détestent en général. (rires) Il faut dire que j’y utilise une boite à rythme au lieu d’un vrai batteur et ce n’est vraiment pas une bonne idée lorsque tu prétends jouer du metal, ça fait moins « vrai », tu vois ?
Je pense quand même qu’il y a de bonnes chansons dans cet album mais il est sorti en 1997 à une époque ou le « vrai metal », je veux parler du heavy metal des eighties, le vrai truc, il n’y en avait plus. Je ne parle pas du NU metal mais le heavy metal « classique », c’était terminé, comme si cette scène était morte.


Remains © 1997 MfN

Ce n’était pas le meilleur moment pour moi d’enregistrer un album. J’étais dépressif, je n’y voyais pas d’avenir, bon, le résultat n’a pas été forcément convaincant.
Maintenant, avec Dave Padden, il n’est pas impossible qu’on repêche quelques bons titres et qu’on les réenregistre, pour le plaisir.
Mais à cette époque, la scène était vraiment très différente de ce qu’elle est devenue aujourd’hui. A l’époque, cela semblait bien fini, le « vrai » heavy metal semblait mort et enterré depuis 1992 environ… Alors imagine moi là dedans ! Je sais que ça paraît un peu cliché mais le heavy metal, c’est ma vie, je ne sais rien faire d’autre, c’est pour cela que je vis, pas pour l’argent, la gloire, je ne sais quoi. Et puis j’aime cette musique.
Alors, à l’époque, j’étais vraiment mal.
Et heureusement, une paire d’années plus tard, j’ai fait Criteria For A Black Widow et j’ai été à nouveau signé chez Roadrunner. Et là j’ai senti qu’il se passait quelque chose dans l’industrie du disque, j’ai senti que petit à petit, le heavy metal était de retour. Et nous voici en 2005 et je crois que là on y est , non ?

Alors justement, nous sommes en 2005, parlons de Schizo Deluxe.


Est-ce qu’il y a sur cet album une chanson que tu apprécies particulièrement ? Un titre qui te tient particulièrement à cœur ?


Si je devais choisir, eh bien… j’en choisirais plus d’une parce que je ne suis pas que le guitariste. Comme je suis aussi le bassiste, j’en choisirais deux. Et comme j’ai produit l’album, j’en choisirais trois. (rires)
Il y a d’abord la chanson Maximum Satan. J’aime ce titre parce qu’il n’y a pas de gros solo de guitare dessus, c’est une chanson très simple et pour moi c’est le juste milieu entre le commercial et le heavy. Il y a un refrain assez immédiat et c’est l’aspect commercial : c’est simple et facile à retenir. Et en même temps, l’ambiance générale du titre est vraiment heavy. C’est vraiment le genre de chanson agréable à jouer live, que ce soit dans un festival ou dans un club, c’est vraiment un titre taillé pour la scène.
Ensuite, il y a Drive. J’aime particulièrement ce titre parce que l’orchestration la guitare, de la batterie, de la basse en font probablement la chanson la plus difficile à exécuter de tout ce que j’ai pu composer au cours de la carrière d’Annihilator. Et j’espère vraiment ne pas avoir à la jouer live parce qu’on va au casse-pipe ! (rires)

C’est bien dommage en un sens parce que c’est une très belle présentation, un bon résumé de ce qu’est le thrash metal.

C’est très gentil.
En fait, ce titre n’a pas été écrit pour être un standard, faire un succès quelconque ou quoi que ce soit. Il a été écrit pour lâcher du gros riff. En fait, j’avais envie d’écrire quelque chose d’un peu déchaîné et de voir ensuite si j’étais capable de le jouer (rires).
Mais finalement, je me demande si je ne vais pas essayer de relever le défi et essayer de la jouer live quand même. Juste pour voir si j’en suis capable (rires).
Les deux suivantes, Warbird et Plasma Zombie, me plaisent beaucoup parce qu’elles sont très thrash également, enfin bien heavy, quoi. Et il y a aussi Like Father, Like Gun peut être citée aussi. C’est un titre plus mélodique mais je l’apprécie bien aussi.

J’ai lu quelque part que tu disais être désormais heureux. Comment expliquer alors que quelqu’un qui semble aussi heureux puisse produire un album aussi agressif  ?

Ah, c’est probablement la chose la plus stupide que j’ai jamais dite (rires).
Ce que je veux dire, c’est que c’est vrai, en ce moment, tout va bien. Mais demain, ça peut être dramatique… En fait, je crois que je suis seulement en train d’apprendre ce que beaucoup savent déjà, c’est à dire que la vie est pleine de bons et de mauvais côtés et que les rebondissements, les changements sont en général assez inattendus.
Donc tout va bien et puis tu reçois un coup de fil, quelqu’un est mort ou je ne sais quel drame est arrivé… Je pense qu’au moment où j’ai dit ça, je devais être dans une phase assez positive.
Je suis en général quelqu’un de positif mais j’essaie aussi d’être réaliste. La vie peut être belle mais il faut savoir aussi en gérer les aspects les plus déplaisants. Par exemple, à l’époque de mon disque précédent, All For You, la vie n’était pas aussi facile pour moi. Beaucoup de changements sont survenus : j’ai divorcé, j’ai déménagé pour m’installer à l’autre bout du pays avec mon fils… Des moments assez difficiles, un peu stressants, où j’étais toujours préoccupé et j’ai été traversés par des émotions très fortes et très différentes. Un divorce te laisse toujours un peu dépressif, un peu en colère… et tout ça se mélange et… c’est toutes ces émotions différentes qui sont ressorties à l’époque dans la musique et dans les paroles.
Aujourd’hui, Schizo Deluxe apparaît effectivement plus agressif, plus heavy, on m’a dit que mon jeu de guitare était meilleur, etc. et on m’a posé la même question : comment peux-tu être aussi agressif dans ton jeu si tout va bien dans ta vie ?
C’est en fait assez facile pour moi. Dans la vie de tous les jours et même quand tout va bien, on est confronté à des moments déplaisants. On peut être coincé des heures dans un embouteillage, on peut s’engueuler avec son patron, ce genre de trucs. Je suis moi aussi par là, bien sûr. Alors ce que je fais dans ces cas-là, je rentre chez moi, j’attrape une guitare et j’exprime toute cette colère dans les riffs que je joue à ce moment-là. Si je suis mécontent de la manière dont la maison de disques travaille sur mes productions ou projets de tournée ou je ne sais quoi, je peux prendre une guitare et trrt-trrt-trrt-trrt !je mitraille quelques riffs vraiment fâchés (rires). Parfois, il me suffit juste de me rappeler de choses qui sont arrivées dans le passé. En fait, je peux écrire à partir de sentiments très différents.
Par exemple, la prochaine fois, je peux très bien décider de composer un double-album de ballades.

Ce serait très surprenant.

Oui, en fait, ça me surprendrait aussi (rires).

Parlons un peu rumeurs. Il y a beaucoup de rumeurs qui courent dans le métier et l’une d’entre elles te concerne : elle parle d’une collaboration avec Dave Mustaine. Qu’en est-il ?

Ah oui, il y en a des rumeurs dans ce métier !
En ce qui concerne Dave et moi, c’est vrai.
On s’est beaucoup parlé cette année en en fait, on se parle pratiquement toutes les deux semaines au téléphone ou par e-mail. J’ai la chance d’être devenu son ami, on s’entend très bien et c’est l’un des meilleurs et des plus agréables musiciens que j’ai pu rencontrer.
C’est comme ça que l’on a pu un moment évoquer l’éventualité de mon arrivée dans Megadeth, c’était l’année dernière.


Dave Mustaine

A ce moment, il était fortement question d’arrêter Megadeth. Il allait y avoir une tournée d’adieu.
Bon, ça n’avait pas beaucoup de sens pour moi de rejoindre ce groupe puisque ça signifiait la fin d’Annihilator, la dénonciation des contrats encore en cours, etc. tout ça pour devenir le guitariste d’un groupe qui allait s’arrêter.
Quant à reformer Annihilator par la suite, eh bien, je pense que cela aurait été rendu difficile par ma maison de disques. Je pense qu’alors, ces gens auraient eu du mal à me faire confiance à nouveau (rires).
Alors on s’est dit que ce n’était pas la chose à faire.
Mais on a continuer à penser, moitié sérieux moitié plaisantant, qu’il faudrait se retrouver et écrire quelques chansons ensemble. Alors peut-être qu’en 2006 on fera quelque chose ensemble. En fait, rien n’est prévu mais je suis sûr qu’un jour nous ferons quelque chose ensemble. Je pense que l’on en a vraiment envie l’un et l’autre.

Toujours au chapitre des collaborations, tu apparais sur l’album anniversaire du label Roadrunner, le Roadrunner United – The All Star Sessions.


Roadrunner United © 2005 Roadrunner

Tu as notamment enregistré des parties de guitares lors des sessions encadrées par Rob Flynn. Qu’est-ce que cette expérience t’as apporté ?


Eh bien d’abord, je dois dire que je suis très content parce que ce disque a un énorme succès au Etats-Unis et il semble qu’il se vende très très bien. J’espère que c’est aussi en le cas en Europe…
Ça a commencé par un appel de Monte Connor, qui est un vieux copain. Annihilator est le premier groupe qu’il a signé lorsqu’il a rejoint Roadrunner, en 1989. C’est à ce moment qu’ils ont ouvert leurs bureaux à New York. Ils sont ensuite devenu une maison de disques très connue parce qu’ils ont signé beaucoup de grands groupes, que ce soit Machine Head ou Slipknot.
Donc, Monte Connor m’a appelé et m’a dit « Jeff, ton album Alice In Hell est quelque chose de très important dans l’histoire de ce label et on a pensé à toi pour venir jouer quelques titres avec Rob Flynn. Alors je suis venu et je n’avais pas écrire de chanson, je n’avais même pas à jouer de rythmiques, ils voulaient juste quelques solos.
C’est peut-être ce que j’ai fait de plus facile dans toute ma vie. J’ai pris l’avion pour San Francisco, une ville vraiment agréable, j’étais dans un bon hôtel, j’ai bien mangé et c’est Roadrunner qui payait tout (rires), il faisait beau et je suis allé voir Rob Flynn, j’ai joué mes parties et je suis rentré chez moi.
C’était très court mais très agréable, comme de très belles vacances, en fait.
Il y a un DVD qui est vendu avec l’album et ils me l’ont envoyé récemment. On y voit les musiciens lors des sessions d’enregistrement et j’y apparaît à un moment. Je joue un solo et c’est amusant de regarder la tête que fait Rob à ce moment-là (rires).

Je confirme... (rires)

Je pense que cet album est une bonne idée. C’est avant-tout quelque chose qui s’adresse aux fans de metal. Mais même si tu te sens plus proche, par exemple de la scène des eighties, si tu n’es pas trop familiarisé avec les nouveaux styles, ces nouveaux groupes apparus depuis, comme Slipknot, par exemple, ça te fais une bonne approche de la chose. Je pense que ça peut intéresser tous les fans de metal.

Revenons à Annihilator.
Il va y avoir une tournée. On sait que tu as enregistré la basse toi-même, que tu as utilisés les services d’un batteur de sessions. Alors la question est : qui vas-tu embaucher pour cette tournée, qui sera le bassiste, qui sera le batteur ? Est-ce que c’est déjà prévu ?

Eh bien, ce que je fais habituellement, même si ça peut paraître un peu étrange, c’est que je fais tout moi-même. Ensuite, j’appelle Dave Padden et il vient enregistrer ses parties. Cette fois, tout s’est fait très vite, en moins de deux semaines. J’ai fait appel à un vieil ami pour les parties de batteries, c’est Tony Chappelle, un batteur très talentueux mais qui a refusé de devenir professionnel pour s’occuper de sa famille. Bon, il a tout bouclé en une semaine.
Ensuite, il y a le mixage, la masterisation de l’album et voilà, c’est fini.
Et alors je ne pense pas une seule fois à la tournée.
L’album est terminé depuis la fin de l’été et je n’ai pas encore de plans pour la tournée.
Je me suis d’abord occupé de la promotion de l’album et c’est dans les mois qui viennent que je vais m’occuper de la tournée. Et à ce moment-là, je vais appeler des gens pour voir s’ils sont disponibles pour partir avec nous.
A la base, Annihilator, c’est Waters et un excellent chanteur et actuellement, il y a cet extraordinaire chanteur avec lequel j’espère travailler le plus longtemps possible et qui est Dave Padden.


Dave Padden, une voix vraiment exceptionnelle.

Et nous allons nous mettre à chercher des gens susceptibles de nous accompagner en tournée.
Ça peut paraître étonnant mais quand tu viens voir Annihilator en concert, tu ne vois pas le « Jeff Waters Projet » avec moi au centre la scène et tous les projecteurs braqués sur moi. Quand tu es dans le public, tu vois un vrai groupe sur scène, avec chaque personne à sa place et chacun ayant quelque chose d’important à faire. Ce n’est pas mon show à moi, c’est même tout le contraire : c’est un vrai groupe.

Peut-on espérer vous voir en France ?

Oui. Cette fois oui.
Je suis allé dans trop peu de pays au cours des autre ou cinq dernières années. Pour tout un tas de raisons, il y a de nombreux pays dans lesquels nous ne sommes plus allé depuis longtemps. Cette fois-ci, en 2006, nous viendrons en France, c’est prévu. En plus, il y a trop de gens que j’y connais et que j’apprécie que je n’ai pas vu depuis longtemps.
Donc, nous viendrons.

Rendez-vous est pris ! Et merci d'avoir passé tout ce temps avec nous !

Mais comment donc ! Ce fut un plaisir !
A bientôt mes amis (en français !)

Et n'oubliez pas les liens qui vont bien :

Le site officiel Annihilator - et son gigantesque concours avec une tonne cinquante-huit de lots à gagner, au moins ! Et des titres à écouter, des vidéos, bref, du matériel, quoi !

Le site Underclass, qui distribue les deux derniers albums - et bien d'autres encore mais vous savez déjà tout ça !)


All For You © 2004 AFM / Underclass


Schizo Deluxe © 2005 AFM / Underclass

Par Ibuse
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