Concerts

Jeudi 16 novembre 2006
C'était bien.
D'abord, le Zenith, c'est une belle salle.

Ensuite, je ne m'étendrai pas sur le groupe de première partie. Par charité.
Ils ont assez curieusement eu un retour assez chaleureux de la part du public. Allez, c'est aussi bien comme ça.

Deep Purple, donc.
L'avantage, pour qui va voir ce groupe, c'est d'être en terrain connu.
Pas de surprises. Blackmore n'est plus là pour attaquer les amplis à la dynamite, pour s'engueuler avec les autres en plein concert et finalement, personne ne doute que oui ils monteront sur scène et oui ils joueront bien les grands tubes.
Il n'en a pas toujours été ainsi mais là, au jour d'aujourd'hui, toutes ces gamineries sont bien loin.

Deep Purple sur scène, c'est du revival.
On joue les grands titres de la grande époque, on torche une paire de titres extrait du dernier album en date, pour pas qu'il soit dit, et voilà, emballez, c'est pesé !
Bien sûr, on a droit à un grand groupe, avec énormément de classe. Quarante ans de métier, ça pèse lourd et sur une scène, ça se voit et ça s'entend.
Ils nous font l'amitié de nous faire croire qu'ils sont contents d'être là et si l'on en croit les récentes déclarations de Ian Gillan - "l'album, c'est surtout un prétexte pour partir en tournée" - ça doit bien être un peu vrai. Et si l'on en croit leurs sourires tout au long du set, ça doit bien être vrai. Et si l'on en juge par leurs mines en entendant le public brailler son contentement, on se dit que o.k., c'est donc bien vrai.

Le public effectivement a beaucoup donné de lui-même, ambiance chaleureuse, ils sont venus soutenir ce grand groupe
- qui est une légende ;
- qui a bercé leur jeunesse ;
- qu'il faut faire découvrir aux enfants qu'on a justement emmené pour ça ;
- qui est moins déroutant que Robert Plant, vu ici même quelques mois plus tôt et qui n'a pas eu les mêmes faveurs d'un public qui manifestement s'attendait là aussi à du revival mais c'est mal connaître mister Robert ;
- qui... j'ai oublié.
Choisissez la réponse qui vous convient le mieux. Les quatre ensemble conviennent aussi.

Ce qu'il y a de bien avec Deep Purple, c'est qu'ils ont tellement de grands titres qu'ils peuvent piocher un peu à l'ambiance. Le concert commence, les paris vont bon train : entameront-ils avec Highway Star ? Ah oui mais sur un DVD récent, c'était Woman From Tokyo... Ben non, là, ce sera Pictures Of Home, extrait du l'incontournable album Machine Head, bien sûr, dont ils ne joueront finalement que cinq titres. Sur les sept qu'il contient.
Vous voilà prévenu.
Un effort bienvenu : quatre titres récents dont Wrong Man, joué bien lourd : Deep Purple, c'est bel et bien du hard rock, ah mais !
Ian Gillan en difficulté sur Into The Fire, ce n'était que le troisième titre de la soirée. La voix n'était pas encore chauffée ? L'ont-ils joué par la suite ? Serait curieux de savoir, tiens.
Steve Morse insolent de facilité mais peut être un rien trop propre. Le monsieur n'est pas un violent, c'est pas lui qui mettrait le feu à sa guitare ! Il se permet au contraire de jouer de belles choses, des harmonies presque planantes en milieu de solo, des extraits de ses oeuvres à lui. Un gentil. Le gars qu'on aimerait avoir pour ami. Un sacré monstre de technique avec un coeur, en somme.
Le plus rigolo de la bande, c'est Don Airey, remplaçant un Jon Lord parti en retraite. Ben oui quoi, Jon Lord : soixante douze ans cette année, alors voilà, hein.
Don Airey possède quarante-douze doigts à chaque main, ce que Ian Gillan se charge de rappeler au public qu'il invite à agiter le bout des mains à chaque solo entrepris par son collègue. La salle rigole.
Airey joue parfois des petites comptines au beau milieu d'un solo ravageur et, sans prévenir, tandis que les spots tournent sur eux-mêmes, le voilà parti dans la B.O. de la Guerre des Etoiles.
La salle se marre.
A la basse, Roger Glover est simplement heureux d'être là.
A la batterie, un petit homme tout blanchi, guetté par l'embompoint, comme à l'époque caché derrière ses petites lunettes bleues, Ian Paice, seul membre originel du groupe quand on y pense, Ian Paice qui est un MONSTRE de GROOVE !!!
Il ferait ta-poum ta-poum sur le pire des rythmes binaires que vous vous sentiriez le popotin qui remue même malgré vous. Ian Paice est un génie et c'est comme ça, on n'y peut rien. On voudrait critiquer le fait qu'il ne semble pas taper bien fort, il est bien au dessus de ça. Il est d'une précision et d'un groove, j'y reviens, proprement ahurissant. C'est bien simple, malgré tout ce qu'on réaisé les autres, c'est celui qui m'a le plus impressionné ce soir-là.
Ian Paice.
Sonorisé par qui ? On veut un coupable !
Car on n'entendait pas les cymbales et la caisse claire avait bien du mal à se détacher des toms.
Un scandale.
En d'autres temps, on aurait promené une tête au bout d'une pique !

Ils ont joué pratiquement tout ce qu'on attend : Fireball, Perfect Strangers, cinq titres de Machine Head donc, mais, au rayon "titres récents", on n'a pas eu Ted The Mechanic.
Ben alors, les p'tits gars ? On n'attend pas que vous nous jouiez Burn (ce serait ENORME) et on sait très bien pourquoi mais quand même...!
Et les voilà qui attaquent Smoke On The Water.

D'où la question : que va-t-il rester pour les rappels ?
D'abord une surprise : un Hush que manifestement personne n'attendait et dont le na-na-na-na  est repris par près de trois milles gorges déployées. A suivre, Black Night, de manière évidente cette fois, dont le thème est repris par près de trois mille gorges déployées, une fois encore, ben oui, on était tous là exactement pour ça.

Fin du set, allumez les lumières, tout le monde dehors.

Une bonne soirée.
Par Ibuse
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Dimanche 20 mai 2007
Scorpions, c'est environ 35 ans de carrière, au moins depuis Lonesome Crow, paru en 1972. Scorpions, ce sont aussi des tubes planétaires, dont le plus récent, Wind Of Change, remonte tout de même à plus de 15 ans. Scorpions, c'est aussi une bonne dizaine d'années d'errements discographiques, appelons-les comme ça, qui pousse le groupe à ne pas faire d'efforts démesurés pour défendre ses derniers-nés sur scène.


C'est dire si tout cela sent le revival...


Mais Scorpions, c'est aussi un retour au rock électrique assez généralement salué par la critique - et le public - il y a une paire d'années avec Unbreakable, album sympathique, certes, mais ce n'est pas lui faire injure que de préciser que ce n'est pas non plus un chef d'oeuvre absolu. Scorpions, c'est aussi la promesse de revenir avec un album tonitruant, produit par Desmond Child, une légende qui a travaillé avec Alice Cooper, Aerosmith, Kiss et Jean Passe.


L'album, il faudra en reparler, dans les semaines qui viennent, au cours de l'émission.


Pour ce qui est du concert lui-même, c'était un grand moment. Une rétrospective du groupe remontant à 1974, six morceaux récents et en tout vingt-trois titres joués !

D'abord James Kottak. Une brute. Certains aiment à se laisser impressionner par les performances du guitariste, d'autres sont là pour écouter les chansons et commenter la performance du vocaliste, etc.


Matthias Jabbs n'est pas et ne sera jamais un guitar hero. Il joue bien pourtant, et même très bien. Il envoie des solis époustouflants avec un plaisir évident, il n' y a qu'à voir son sourire. Mais l'homme est bien trop modeste pour venir faire cake sur le devant de la scène ou pour prendre des mines d'artiste sombre ou torturé que quand je joue, tu vois, ça me libère et tout le pathos qui va avec. Jabbs est un excellent soliste, point. Voilà. Excellent, vraiment, come à l'époque, comme toujours. Mais guitar hero, avec la pose et tout ça, non, ce n'est pas le genre de la maison.

Klaus Meine chante bien, merci pour lui. On sent qu'il ne va pas faire d'excès, protéger sa voix et tout ça. Mais avec sa voix, justement, il n'a pas besoin d'en faire des tonnes. Elle est toujours superbe, cette voix. Juste un peu plus grave avec les années. Meine ne déploie donc pas des artifices de virtuoses. Il se contente de chanter et avec cette voix, il peut s'en tenir là ! Et finalement, il donne au peuple ce que ce dernier est venu chercher : il le fait crier, chanter et comme le public en arrive à faire un raffut assez conséquent, il se voit remercier de ses efforts, ce qui a pour conséquence d'en rajouter dans le boucan. Sourires partout.

Car Scorpions n'est pas une collection de virtuoses. Ce sont des gens dont la bonté se lit sur les visages et ce sont aussi de redoutables techniciens. C'est avant tout un groupe, un collectif. A ce niveau, rien n'a bougé depuis une vingtaine d'années : c'est la performance du groupe tout entier qui fait la force d'un concert comme celui-là.

Pawel Maciwoda reste discret sauf au moment où il entame son solo de basse qu'il transforme vite en intro d'Enter Sandman de qui-vous-savez. Il est rejoint à a la batterie et on a l'impression, un temps, qu'ils vont vraiment nous la jouer et comme Kottak sait chanter, qu'ils vont aller au bout, à deux. Mais non, ils s'arrêtent net. Le public hurle ! Mais les Scorpions sont de fins renards (!) et connaissent leur métier : ils enchaînent sur Blackout et il n'y a pas moyen de résister à ça.

Rudolf Schenker mène tout ce petit monde : on voit bien que c'est lui le patron. Au bout de quelques titres, il rappelle qu'il fut un sacré énervé. Il recommence à courir partout, bat la mesure avec tout sa grande carcasse, bref, fait sa part du spectacle.


Mais la part du lion revient à James Kottak. Il cogne comme un sourd, y compris les slows où il a du mal à se tempérer. Il lance ses baguette, multiplie les grimaces, en fait des tonnes, en rajoute, s'engueule avec une cannette de bière, cogne sur tout ce qu'il l'entoure, têtes d'amplis compris, monte sur sa batterie, interpelle le public, cabotine à mort. C'est une redoutable recrue que les Scorpions ont fait là. Car Kottak a eu une carrière lui aussi et est également guitariste-chanteur au sein de son propre groupe. Il sait donc ce que tenir une scène veut dire. Et il est très utile pour les choeurs et pour doubler la voix de Meine sur certains passages, ce qui leur donne une épaisseur qu'ils n'avaient pas toujours auparavant. Voilà, en embauchant Kottak, les Scorpions ont eu le nez (!) creux : son énergie qui ne se dément pas tout au long de la soirée est fort bienvenue pour relancer la machine au moment crucial. Un bon.

Et il y a Ulrich Roth. Celui qui fut le soliste du groupe de 1974 à 1978. Un survivant des seventies, un dinosaure ! C'était prévu : après Colmar, il y a deux ans, où il était monté sur scène à la surprise d'un public qui n'en attendait pas tant, après Wacken, où il avait joué en compagnie de Michael Schenker, il était prévu de l'emmener en tournée, dont acte : Uli est là ce soir ! Il monte sur scène et c'est un grand moment de bonheur de la voir là. C'est drôle aussi : regardez donc les Scorpions ultra-lookés et, sur un coin de la scène, ce bonhomme avec sa moustache, son bandeau dans les cheveux, ses jambes en "x" habillées de pattes d'ef' blanches, sa chemise longue violette... un hippie ! Pas changé depuis trente ans ! Les cheveux justes un peu plus blancs, et encore ! Et pendant que tout le monde court partout, lui, il reste parfaitement statique, à enquiller les notes. Plus déplacé que ça, on a du mal à imaginer. Mais c'est Ulrich Roth, est ça fait aussi partie du charme du personnage, par ailleurs redoutable guitariste. Car si ses premières minutes sont inaudibles, la faute à une prise de son mal réglée, le reste est bourdonnant et joyeusement bruitiste.

Il faut parler du son, pas toujours bien équilibré et on se dit qu'il faut s'y résigner malgré les moyens qu'on imagine dans une salle pareille. Tel groupe manquait de cymbales, ici, on a plutôt tendance à manquer de guitares. Pas toujours heureusement.

Ulrich nous régale : Pictured Life pour commencer et un Pictured Life joué costaud, épais. Ensuite, le psychédélique Fly To The Rainbow, huit minutes qui remontent à 1974 ! et qui sont un vrai bonheur à entendre là, aujourd'hui, en 2007 ! Suit un bon moment de bruits et grincements divers pour le plus grand bonheur de votre serviteur, avant d'enchaîner sur un Dark Lady (1975 !) joué dur. Bonheur, émtion, Ulrich sera ovationné lorsqu'il reviendra, en rappel, jouer We'll Burn The Sky, dont les paroles furent écrites par sa compagne Monica Danneman, décédée depuis, qui partagea aussi un moment sa vie avec Hendrix. Un dernier titre avec Ulrich qui a fait sa paix avec He's A Woman - She's A Man, morceau qu'il n'aimait pas et qui est le moment de speed de Scorpions ce soir. Il y aura aussi un Dynamite épuisant, comme d'habitude, pour clôre les débats.

Deux rappels, quatre titres extrait du nouvel album Humanity - Hour 1, quatre titres joués heavy de chez heavy, bien plus heavy d'ailleurs qu'ils ne sonnent sur disque. Mais il faudra réécouter pour être sûr. Et même Humanity sonne comme une ballade réussie. C'est dire qu'on ne se forcera pas pour réécouter la chose. Deux titres extraits d'Unbreakable et c'est ça la bonne nouvelle : Scorpions fait l'impasse sur ses années d'errements mais pas sur son retour et même s'il choisissent de jouer Love'em Or Leave'em, qui n'est pas à mon sens un grand titre, c'est la démarche qu'il faut ici saluer : les sorties récentes ne sont pas ravalées au rang de prétexte.


En tout vingt-trois titres, donc, une rétrospective complète du groupe depuis 1974 et deux titres de chaque album depuis 1977, trois titres extraits de Blackout et Love At First Sting, on n'en attendait pas moins. Les tubes étaient là, le public était ravi et l'a fait savoir : il a chanté Holiday, par ailleurs joué en intégralité ! Il a chanté des couplets de Still Loving You et du scandaleux mais ô combien efficace Wind Of Change, il a repris en coeur Big City Nights et Rock You Like A Hurricane et quand tout la salle crie, ça fait du bruit ! Bref, le peuple a obtenu ce qu'il était venu chercher.

Impasse totale sur Pure Instinct (tant mieux !) et Eye II Eye, ainsi que sur Face The Heat et Savage Amusement. Pour ces deux derniers c'est un peu plus dommage mais il faut bien faire des choix, ils ont été faits et l'ensemble s'avère à la fois judicieux et convaincant : le simple revival, un moment craint, n'a pas eu lieu.

C'est un concert sans temps mort qui nous a été délivré ce soir, par un groupe vivant.
Par Ibuse
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