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Ibuso Metallistic

Toutes les tendances, du rock dur au rock fort !

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Scorpions à Dijon, donc.

Scorpions, c'est environ 35 ans de carrière, au moins depuis Lonesome Crow, paru en 1972. Scorpions, ce sont aussi des tubes planétaires, dont le plus récent, Wind Of Change, remonte tout de même à plus de 15 ans. Scorpions, c'est aussi une bonne dizaine d'années d'errements discographiques, appelons-les comme ça, qui pousse le groupe à ne pas faire d'efforts démesurés pour défendre ses derniers-nés sur scène.


C'est dire si tout cela sent le revival...


Mais Scorpions, c'est aussi un retour au rock électrique assez généralement salué par la critique - et le public - il y a une paire d'années avec Unbreakable, album sympathique, certes, mais ce n'est pas lui faire injure que de préciser que ce n'est pas non plus un chef d'oeuvre absolu. Scorpions, c'est aussi la promesse de revenir avec un album tonitruant, produit par Desmond Child, une légende qui a travaillé avec Alice Cooper, Aerosmith, Kiss et Jean Passe.


L'album, il faudra en reparler, dans les semaines qui viennent, au cours de l'émission.


Pour ce qui est du concert lui-même, c'était un grand moment. Une rétrospective du groupe remontant à 1974, six morceaux récents et en tout vingt-trois titres joués !

D'abord James Kottak. Une brute. Certains aiment à se laisser impressionner par les performances du guitariste, d'autres sont là pour écouter les chansons et commenter la performance du vocaliste, etc.


Matthias Jabbs n'est pas et ne sera jamais un guitar hero. Il joue bien pourtant, et même très bien. Il envoie des solis époustouflants avec un plaisir évident, il n' y a qu'à voir son sourire. Mais l'homme est bien trop modeste pour venir faire cake sur le devant de la scène ou pour prendre des mines d'artiste sombre ou torturé que quand je joue, tu vois, ça me libère et tout le pathos qui va avec. Jabbs est un excellent soliste, point. Voilà. Excellent, vraiment, come à l'époque, comme toujours. Mais guitar hero, avec la pose et tout ça, non, ce n'est pas le genre de la maison.

Klaus Meine chante bien, merci pour lui. On sent qu'il ne va pas faire d'excès, protéger sa voix et tout ça. Mais avec sa voix, justement, il n'a pas besoin d'en faire des tonnes. Elle est toujours superbe, cette voix. Juste un peu plus grave avec les années. Meine ne déploie donc pas des artifices de virtuoses. Il se contente de chanter et avec cette voix, il peut s'en tenir là ! Et finalement, il donne au peuple ce que ce dernier est venu chercher : il le fait crier, chanter et comme le public en arrive à faire un raffut assez conséquent, il se voit remercier de ses efforts, ce qui a pour conséquence d'en rajouter dans le boucan. Sourires partout.

Car Scorpions n'est pas une collection de virtuoses. Ce sont des gens dont la bonté se lit sur les visages et ce sont aussi de redoutables techniciens. C'est avant tout un groupe, un collectif. A ce niveau, rien n'a bougé depuis une vingtaine d'années : c'est la performance du groupe tout entier qui fait la force d'un concert comme celui-là.

Pawel Maciwoda reste discret sauf au moment où il entame son solo de basse qu'il transforme vite en intro d'Enter Sandman de qui-vous-savez. Il est rejoint à a la batterie et on a l'impression, un temps, qu'ils vont vraiment nous la jouer et comme Kottak sait chanter, qu'ils vont aller au bout, à deux. Mais non, ils s'arrêtent net. Le public hurle ! Mais les Scorpions sont de fins renards (!) et connaissent leur métier : ils enchaînent sur Blackout et il n'y a pas moyen de résister à ça.

Rudolf Schenker mène tout ce petit monde : on voit bien que c'est lui le patron. Au bout de quelques titres, il rappelle qu'il fut un sacré énervé. Il recommence à courir partout, bat la mesure avec tout sa grande carcasse, bref, fait sa part du spectacle.


Mais la part du lion revient à James Kottak. Il cogne comme un sourd, y compris les slows où il a du mal à se tempérer. Il lance ses baguette, multiplie les grimaces, en fait des tonnes, en rajoute, s'engueule avec une cannette de bière, cogne sur tout ce qu'il l'entoure, têtes d'amplis compris, monte sur sa batterie, interpelle le public, cabotine à mort. C'est une redoutable recrue que les Scorpions ont fait là. Car Kottak a eu une carrière lui aussi et est également guitariste-chanteur au sein de son propre groupe. Il sait donc ce que tenir une scène veut dire. Et il est très utile pour les choeurs et pour doubler la voix de Meine sur certains passages, ce qui leur donne une épaisseur qu'ils n'avaient pas toujours auparavant. Voilà, en embauchant Kottak, les Scorpions ont eu le nez (!) creux : son énergie qui ne se dément pas tout au long de la soirée est fort bienvenue pour relancer la machine au moment crucial. Un bon.

Et il y a Ulrich Roth. Celui qui fut le soliste du groupe de 1974 à 1978. Un survivant des seventies, un dinosaure ! C'était prévu : après Colmar, il y a deux ans, où il était monté sur scène à la surprise d'un public qui n'en attendait pas tant, après Wacken, où il avait joué en compagnie de Michael Schenker, il était prévu de l'emmener en tournée, dont acte : Uli est là ce soir ! Il monte sur scène et c'est un grand moment de bonheur de la voir là. C'est drôle aussi : regardez donc les Scorpions ultra-lookés et, sur un coin de la scène, ce bonhomme avec sa moustache, son bandeau dans les cheveux, ses jambes en "x" habillées de pattes d'ef' blanches, sa chemise longue violette... un hippie ! Pas changé depuis trente ans ! Les cheveux justes un peu plus blancs, et encore ! Et pendant que tout le monde court partout, lui, il reste parfaitement statique, à enquiller les notes. Plus déplacé que ça, on a du mal à imaginer. Mais c'est Ulrich Roth, est ça fait aussi partie du charme du personnage, par ailleurs redoutable guitariste. Car si ses premières minutes sont inaudibles, la faute à une prise de son mal réglée, le reste est bourdonnant et joyeusement bruitiste.

Il faut parler du son, pas toujours bien équilibré et on se dit qu'il faut s'y résigner malgré les moyens qu'on imagine dans une salle pareille. Tel groupe manquait de cymbales, ici, on a plutôt tendance à manquer de guitares. Pas toujours heureusement.

Ulrich nous régale : Pictured Life pour commencer et un Pictured Life joué costaud, épais. Ensuite, le psychédélique Fly To The Rainbow, huit minutes qui remontent à 1974 ! et qui sont un vrai bonheur à entendre là, aujourd'hui, en 2007 ! Suit un bon moment de bruits et grincements divers pour le plus grand bonheur de votre serviteur, avant d'enchaîner sur un Dark Lady (1975 !) joué dur. Bonheur, émtion, Ulrich sera ovationné lorsqu'il reviendra, en rappel, jouer We'll Burn The Sky, dont les paroles furent écrites par sa compagne Monica Danneman, décédée depuis, qui partagea aussi un moment sa vie avec Hendrix. Un dernier titre avec Ulrich qui a fait sa paix avec He's A Woman - She's A Man, morceau qu'il n'aimait pas et qui est le moment de speed de Scorpions ce soir. Il y aura aussi un Dynamite épuisant, comme d'habitude, pour clôre les débats.

Deux rappels, quatre titres extrait du nouvel album Humanity - Hour 1, quatre titres joués heavy de chez heavy, bien plus heavy d'ailleurs qu'ils ne sonnent sur disque. Mais il faudra réécouter pour être sûr. Et même Humanity sonne comme une ballade réussie. C'est dire qu'on ne se forcera pas pour réécouter la chose. Deux titres extraits d'Unbreakable et c'est ça la bonne nouvelle : Scorpions fait l'impasse sur ses années d'errements mais pas sur son retour et même s'il choisissent de jouer Love'em Or Leave'em, qui n'est pas à mon sens un grand titre, c'est la démarche qu'il faut ici saluer : les sorties récentes ne sont pas ravalées au rang de prétexte.


En tout vingt-trois titres, donc, une rétrospective complète du groupe depuis 1974 et deux titres de chaque album depuis 1977, trois titres extraits de Blackout et Love At First Sting, on n'en attendait pas moins. Les tubes étaient là, le public était ravi et l'a fait savoir : il a chanté Holiday, par ailleurs joué en intégralité ! Il a chanté des couplets de Still Loving You et du scandaleux mais ô combien efficace Wind Of Change, il a repris en coeur Big City Nights et Rock You Like A Hurricane et quand tout la salle crie, ça fait du bruit ! Bref, le peuple a obtenu ce qu'il était venu chercher.

Impasse totale sur Pure Instinct (tant mieux !) et Eye II Eye, ainsi que sur Face The Heat et Savage Amusement. Pour ces deux derniers c'est un peu plus dommage mais il faut bien faire des choix, ils ont été faits et l'ensemble s'avère à la fois judicieux et convaincant : le simple revival, un moment craint, n'a pas eu lieu.

C'est un concert sans temps mort qui nous a été délivré ce soir, par un groupe vivant.
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