
Phil Lynott, le légendaire leader de Thin Lizzy est décédé au début de janvier 1986, il y a vingt ans maintenant.
Cet entretien a été mené en juillet 2005, en compagnie de Roddy Cleere, animateur sur une radio irlandaise et surtout membre du Roisin Dubh Trust Fund. Roddy, de quoi s’agit-il ?Eh bien, le Trust a été fondé à Dublin le premier janvier 1994 avec pour objectif de commémorer la vie artistique de Philip Lynott, le chanteur / bassiste, leader de Thin Lizzy. Nous voulions vraiment faire vivre son nom et sa mémoire, faire en sorte qu’il reste vivant, d’une certaine manière.
Pour cela nous organisons des événements, des hommages un peut partout en Irlande mais aussi en Angleterre, au Pays de Galles et jusqu’au Japon ! Et même si nous ne pouvons pas nous déplacer jusque là-bas, nous leur envoyons ce que nous pouvons pour faire l’événement : un message video de Philomena (la mère de Phil,
N.d’I.) spécialement enregistré pour l’occasion, etc.
Nous essayons d’encourager les publications au sujet de Phil, nous éditons du merchandising, des t-shirts et plein d’autres trucs. Et nous étudions très sérieusement l’idée d’ouvrir un centre d’exposition permanente, une sorte de musée où l’on pourrait retrouver des objets en rapport avec la vie de Philip. C’est assez difficile, principalement en raison des coûts que cela suppose, en terme de loyer surtout. C’est notre prochain grand projet. Et nous espérons bien arriver au bout, si tout va bien.
Nous apportons aussi notre soutien aux fan-clubs Thin Lizzy à travers le monde et au fur et à mesure que nous devenons plus importants, nous sommes mieux en mesure de coordonner les efforts faits par les uns et les autres pour monter des projets et essayer de créer des événements, par exemple organiser des concerts ou des tournées de tribute-bands, etc.
Cet entretien a lieu à l’occasion d’un événement très particulier : l’inauguration de la statue de Phil Lynott en plein cœur de Dublin, le 20 août, qui sera suivie d’une nuit de concerts et on y verra beaucoup de gens ayant appartenu à Thin Lizzy comme Gary Moore (guitare), Brian Robertson (guitare), Scott Gorham (guitare), Brian Downey (batterie), Eric Bell (qui fut le premier guitariste du groupe) mais aussi des formations comme Therapy? ou encore des personnalités comme Brush Shiels. Comment se sent-on à l’approche d’un tel événement ? Nous sommes évidemment très heureux parce que nous y avons travaillé longtemps, cela fait plusieurs années maintenant et nous avons eu la chance de d’œuvrer en collaboration avec beaucoup de gens talentueux et dévoués. Ce fut une grande expérience…
L’inauguration de la statue sera un moment particulièrement poignant. Un moment de grande fierté aussi si l’on considère que la statue est située en haut de Grafton Street et que rien ne nous disait au départ que ce serait possible. Grafton Street est située en plein de cœur de Dublin, c’est une rue très commerçante et c’est aussi un endroit très emblématique pour Philip.

Par exemple, si vous regardez la vidéo du titre
Old Town (sur le second album solo de Phil,
The Philip Lynott Album - 1982, N.d'I.), vous y voyez Philip arpenter Grafton Street... Et quand il était là... il aimait aller s'y promener, il aimait y être vu...
Et bien sûr, la nuit suivante, le concert avec Gary Moore et tout ça... C'est fantastique !
Concrètement, concernant la statue, comment ce projet a-t-il vu le jour ? Le choix de l’emplacement a été discuté avec le conseil municipal de Dublin et il y avait plusieurs possibilités bien sûr et Grafton Street était l’une d’entre elles. Pour être honnête, nous ne pensions pas l’obtenir mais nous avons quand même essayé. Le Trust a en effet été associé directement aux délibération du conseil municipal. Nous avons eu de nombreuses réunions où nous avons abordé des questions aussi différentes que nos motivations (sourire), l’emplacement évidemment, la taille de la statue, etc. Quand il a été question du financement, nous avons précisé que des donations avaient été faites depuis de nombreuses années, au cours de soirées-hommage par exemple. L’argent récolté était donc là prêt à servir.
Phil a maintenant sa place sur Grafton Street et je pense que c’est vraiment le meilleur emplacement possible.
Comment la nuit de concerts a-t-elle été organisée ?
Les concerts ont été organisés par une groupe appelé 19 Years d’après une référence évidente (le titre
19, sorti en single après le split de Thin Lizzy, en 1985,
N.d’I.). Ce sont ces gens qui ont lancé les invitations et de nombreuses personnes ont été contactées. Ceux qui ont décliné l’on fait en général parce qu’ils avaient déjà contracté d’autres engagements auxquels ils ne pouvaient pas se soustraire.

Quel effet cela fait de se dire que pratiquement tout Thin Lizzy sera sur scène ce soir-là ?
Il est sûr qu’avoir autant de membres de Thin Lizzy sur scène va rendre les choses très spéciales. Je sens déjà l’émotion qui monte depuis plusieurs jours. Je pense que ça va être très fort.
Je n’ai pas entendu parler de gens comme par exemple Darren Wharton (claviers), ni John Sykes (guitare sur le dernier album de Thin Lizzy, Thunder & Lightning – 1983). Est-ce à dire qu’aucun titre de Thunder & Lightning ne sera joué ce soir ? Mais peut-être que ce qui sera effectivement joué reste un mystère…
Darren Wharton sera là avec son groupe Dare. John, je ne sais pas…
Je ne sais pas vraiment ce qui sera joué mais je sais que les grands noms sont là et je suis sûr qu’avec cette atmosphère très spéciale qu’il y aura ce soir-là, nous aurons droit à quelques surprises. Je ne suis moi-même pas très au courant bien que je soupçonne qu’il va se passer des choses. Je pense que ce sera grand.
Des nouvelles de Grand Slam ?
Ah, Grand Slam ! Grand Slam est apparu après la dissolution de Thin Lizzy, à une époque où Phil cherchait d’autres moyens d’exprimer sa créativité et c’est pour cette raison que ce groupe est aussi important. Phil est décédé peu après et ils n’ont donc jamais pu exprimer vraiment leur potentiel.
En ce qui les concerne, je ne suis pas sûr qu’ils seront tous là. Ils ne sont pas très facile à joindre, ni toujours tous disponibles (sourire).
Un mot au sujet de Brush Shiels, que j’évoquais tout à l’heure ?
Brush Shiels a eu une importance décisive, particulièrement au début puisque c’est lui qui a enseigné la basse à Philip. Ce sera un grand honneur de l’avoir avec nous ce soir-là et cela même s’il ne se contentait que d’une apparition.
Pour conclure ?
Je pense que ce sera un grand moment et je pense à ceux qui ne pourront pas être là… Je sais qu’un grand nombre de gens sera là par la pensée, certains nous ont même envoyé de l’argent pour soutenir l’action, ce qui finit par faire une somme… !
Bien sûr, j’espère que ce sera un succès et dans les semaines, dans les années qui viennent, les gens qui viendront à Dublin pourront voir cette statue située au cœur de la ville, une ville qu’il aimait tant et qui rend ainsi un bel hommage à Philip Parris Lynott.
Un dernier mot : l’inauguration de la statue fut effectivement un grand moment. Parmi la foule compacte qui avait envahi le rue se trouvaient Philomena Lynott bien sûr, Mme le maire de Dublin, Gary Moore, Darren Wharton, Brian Downey, Eric Bell, Scott Gorham et Brian Robertson, Chris Tsangarides (producteur ayant travaillé également avec Angra, Judas Priest, etc.) et bien d’autres, connus et anonymes venus participer à cet événement.

Beaucoup d’émotion a tel point que Brian Robertson a eu du mal à se contenir et même dû un moment être consolé par Philomena. Son émotion a ainsi transparu pendant toute la durée du concert de la nuit suivante. Inutile de vous décrire l’ambiance qui a régné cette nuit-là !
Des photos, des témoignages sur le site du Roisin Dubh Trust Fund à l’adresse suivante : www.roisindubh.info.
Il existe des recueils de poésies composées par Phil, mais pas de traduction française connue à ce jour. Si vous maîtrisez l’anglais et le gaélique…
Et il y a les albums bien sûr !
Pour ceux qui veulent découvrir Thin Lizzy et qui aiment le rock psychédélique seventies, commencez par :

Vagabonds In The Western World (1973),
avec notamment le marquant et très hendrixien The Rocker.
Si vous préférez le hard rock, voyez du côté de :

Jailbreak (1976),
un classique !
Avec notamment le grand succès du groupe The Boys Are Back In Town.
L’album avec Gary Moore, c’est :

Black Rose (Roisin Dubh) – A Rock Legend (1979),
une succession de grands titres et de duels épiques !
Si vous avez une préférerence marquée pour le heavy metal bien appuyé, écoutez :

Thunder & Lightning (1983),
dont le titre résumé exactement ce que l'on y trouve !
Mais peut-être avez-vous un penchant pour les albums live :

Live & Dangerous (1978),
un classique du hard rock en concert !
Mais aussi :

Life (1983),
assez souvent critiqué pour son mixage, c'est néanmoins un magnifique chant du cygne : tous les tubes sont là et tous les guitaristes de toutes les époques s'affrontent sur scène ! Un must !
Et qui sait ? Un jour peut-être aura-t-on droit à une réédition avec les bandes retravaillées...
En attendant, c'est quand même en l'état un classique du heavy metal sur scène.
Si vous voulez tout découvrir d’un coup, inédits et extraits d’œuvres solo compris, il existe un beau coffret avec quatre disques, c’est :

Vagabonds, Kings, Warriors, Angels (2001).