
Et puis quoi encore ?
Oui, je sais, il est de bon ton, en début d'année, de se fader le meilleur / pire de l'année écoulée. L'idée en elle-même n'est pas mauvaise mais avec le recul, elle peut prêter à sourire. Le recul. C'est bien là le problème.
J'ai parcouru ici et là les forums, magazines et autres sites consacrés au metal. J'ai lu et écouté. Combien d'albums encensés dont on ne se souvient déjà plus qu'à grand peine ? Ce qui est paru il y a trois mois passera-t-il l'épreuve du temps ? Qui se souvient de Gary Glitter, énorme vendeur en son temps ? Qui s'en serait souvenu s'il n'avait pas eu le mauvais goût d'aller fréquenter les tribunaux il y a une bonne quinzaine d'années ? Et Black Sabbath, systématiquement pourri par la critique au début des années soixante-dix (si, si j'ai des archives !) ? Et on pourrait multiplier les exemples, que j'ai choisi anciens exprès parce que là, pour le coup, le recul, on l'a.
Alors il n'y aura pas de rétrospective 2011 sur ce blog en tout cas pas pour le moment car il convient d'être prudent avec ces questions. Et de marcher sur des oeufs.
En revanche, l'idée en elle même n'est pas mauvaise. Et ce sera donc une nouvelle rubrique : une sorte de top ten (car n'en choisir que dix, c'est plus dur !), année par année. A venir, donc, sous peu.
DETROIT w./ Mitch Ryder (© 1971 MCA)
C'est suite à de désastreuses décisions managériales que Mitch Ryder abandonne son groupe, les Detroit Wheels, à la fin des années soixante. Dès lors, sa carrière va plonger, la légende avec. Sursaut pourtant, en 1971, avec cet album dont le nom est tout à la fois un hommage à la ville, "sa" ville, et un clin d'oeil (nostalgique déjà ? des regrets pourquoi pas ?) à ses anciens accompagnateurs. En son temps succès modéré mais mérité.
Nous avons là un bon album de rock 'n' roll clairement joué hard, et la présence de Steve Hunter à la guitare n'y est pas pour rien ; un Steve Hunter qui s'en ira ensuite électriser les disques de Lou Reed comme d'Alice Cooper. Du hard rock 'n' roll donc, avec toujours cette touche de soul bluesy qui est depuis toujours la signature du grand Mitch. Il n'est donc pas indécent de s'y laisser prendre.
Un dernier mot pour ceux qui ne savent pas : l'actrice Wynona Ryder, née Horowitz, a choisi son nom de scène en référence au Monsieur.
Alors voici de quoi me faire pardonner... Enjoy !
Extrait de l'album Murder The Mountains (© 2011)
Merci à Tom Wow pour le lien.
Ah, décidément, je ne suis pas du matin...
Pourtant, il y a du pain sur la planche : je suis d'interview aujourd'hui. Zak s'inquiète de ce que je me promène torse-poils dans le carré V.I.P. et moi je m'interroge : c'est peut-être pas assez rock 'n' roll ? De toute façon, je ne peux pas mettre quoi que ce soit : cela cacherait le beau pentagramme rose que Lucas a dessiné sur mon épaule... droite ! Ah ! Le traître !!
En attendant, il y a des concerts à voir mais Audrey Horne, c'est vraiment tôt... et c'est bien dommage. Je comptais surtout voir Sup mais ya vraiment pas moyen. Entretemps Bill nous rejoint et ça, c'est très très bien ! Nous réussissons à nous mettre en marche pour aller voir Knut mais on n'ira jamais jusque là, bloqués que nous sommes devant Orphaned Land.
La journée peut enfin vraiment commencer.
Après
l'hommage aux guerriers tombés au cours de l'année, la soirée n'est pas finie. Il reste à
voir Triptykon, Coroner et les Bad Brains. Mais tous ces groupes sont programmés en même temps, il faut donc faire un choix. Dommage pour les
deux groupes suisses que je me faisais déjà une joie d'aller soutenir mais c'était avant la publication du running order... Car le choix en ce qui me concerne, est le seul possible.
Les Mauvais Esprits ne sont pas seulement une légende, ce sont aussi et surtout les inventeurs du hardcore. Lorsque le punk déboule, dans la deuxième moitié des années 70, c'est une révélation pour ces gens qui décident alors de mettre tout leur talent d'instrumentistes compétents au service de la cause, qu'ils vont accélérer, radicaliser, et vriller de solos tous plus énervés les uns que les autres. Ce qui leur vaudra d'être interdits de concert dans le Disctrict de Columbia (le fameux titre Banned In D.C.). Ils vont donc quitter Washington, leur ville d'origine, pour s'installer à Brooklyn, New York, événement dont sortira la désormais fameuse scène Brooklyn Hard Core.
Deux millions d'années et quinze fois plus de galères plus tard, ce groupe quarante mille fois enterré est là, devant nous, bien décidé à en découdre.
Et dès le départ, ça avoine sévère et il faut attendre quatre titres avant de pouvoir respirer un peu sur le premier reggae de la soirée. Mais il n'y en aura que deux, trois si on compte le final de Give Thanks and Praises. Tout le reste, c'est du patator ! Derrière ses fûts, Earl Hudson est énorme de rapidité mais aussi de groove et de précision. Dr. Know est limite inquiétant : comment un petit bonhomme à l'air aussi débonnaire peut-il produire de telles monstruosités avec sa guitare ? Darryl Jennifer, impassible, fait sursauter lorsque soudain il se met à headbanger, toutes dreadlocks sorties. Reste HR, l'air angélique, tout sourire et remerciements, qui ne semble jamais aussi heureux que quand ses compères multiplient le raffut. Question chant, en revanche, il est un peu aux fraises, la voix peinant à s'adapter aux anciens titres. Mais c'est pas grave, c'est muscialement ultra balèze, c'est un grand et fort moment de baston sonore dont on ressort avec la banane et les oreilles qui sifflent et puis...
Dont care what they may say we got that attitude!
Dont care what they may do we got that attitude!!
j
C'est juste à la fin du concert des Scorpions que résonnent les premiers crépitements du feu d'artifice tiré en l'honneur du député Patrick Roy, l'un des rares défenseurs du metal en France, et récemment décédé. C'est alors que que le grand écran s'illumine et qu'une voix retentit... Gros moment d'émotion sur le festival.
Merci à ThePainKiller28 pour la vidéo.
Plutôt qu'une mauvaise photo (j'étais loin de la scène), je préfère celle-ci, prise dans le garage de Tom Wow il y a quelques jours...
Programmé le samedi soir, avec un créneau de deux heures, il apparaît clairement que Scorpions était LA tête d'affiche de ce HellFest
2011.
On peut alors imaginer un groupe conscient de l'enjeu car il est de taille : un festival de metal au beau milieu de la tournée d'adieu, c'est l'occasion de durcir
la playlist afin d'en mettre plein la vue une bonne fois pour toutes. Mais voilà : le résultat final est discutable.
La playlist d'abord. Certes, les Scorps nous ont épargné Wind Of Change (ils ont eu l'humour de passer le sifflotement si caractéristique pendant le solo de batterie mais... non, vous n'aurez pas la chanson !) et autres horreurs du même acabit qu'ils infligent régulièrement ici ou là. En même temps, deux heures pour... dix-sept titres ? Quelle idée de s'arrêter aussi longhtemps entre les morceaux ! Et qu'ont-ils fait des extraits de l'album Humanity (l'avant dernier) ? Il y a pourtant là un répertoire heavy qui aurait facilement remporté les suffrages. Et pourquoi ne pas jouer ce soir He's A Woman - She's A Man pourtant régulièrement exhumé par ailleurs ? Ç'aurait été à même de faire frissonner les plus anciens, venus faire un dernier coucou à leurs idoles de jeunesse. Je pourrais continuer longtemps à chipoter, après tout, quand on a dix-sept albums au compteur, il est peut-être difficile de contenter tout le monde. Mais il y a quand même des choix (ou des non-choix) qui s'expliquent mal, sinon par une certaine... routine ?
Reste le plus important, la prestation. Rudolf Schenker court partout, saute dans tous les sens et multiplie les poses que l'on trouve si sympathique chez lui. Il fait le show et sa bonne humeur serait communicative si le reste du groupe suivait. James Kottak est à fond lui aussi et il en fait même un peu trop sur son solo de batterie que l'on se surprend à trouver un poil longuet. Il y aurait bien eu la place pour un titre en plus. Ou deux. Quant au reste du groupe, il ne suit pas. Mathias Jabbs ne semble pas en grande forme : en bon professionnel, il fait le métier mais guère plus. On l'a déjà vu en soliste flamboyant, ce ne sera pas pour ce soir. Pavel Macivoda est (comme d'habitude ?) aux abonnés absents. Une ombre. Reste Klaus Meine, complètement éteint. La voix, l'énergie, l'attitude, il ne reste rien. Alors le Schenk revient agiter ses grands bras sur le devant de la scène et s'applique à être partout à la fois pour épauler son vieux compère, pour faire passer la pilule, pour attirer l'attention ailleurs... mais ce soir, sans voix, Scorpions a du mal à passer et on se dit qu'arrêter est une sage décision.
Ce sont pourtant de vrais professionnels et ils vont le montrer. Car finalement, le show tourne, quand même. Et ceux qui sont venus là exprès, pour voir enfin une fois ce groupe de légende avant qu'il ne quitte la scène, ceux-là ne sont pas déçus.
Il se dit à peu près unaniement que Scorpions a tout arraché quelques jours plus tard au Festival des vieilles charrues (à Carhaix, dans le Finistère). C'est rassurant. En même temps, c'est dommage que ce rendez-vous du HellFest ait été à moitié raté.