Comme je suis vieux, et dépassé, je ne devrais guère m'intéresser à Hammerfall. Des jeunes, des modernes, voire même des ambitieux. Ils veulent les places. Passé 30 ans, voire 35, qu'est-on au
pays du metal ? Un ancêtre, une survivance. Le plus souvent seul, on ressasse ses souvenirs, les albums, les concerts, attirant les regards consternés des forces vives de la jeunesse, qui passent
en lâchant "Allez pépé, il est l'heure de rentrer chez toi. Tu vas prendre froid". Le Vieux du Metal rappelle que tout a une fin. Il fait peur, et à raison : il est la Finitude du Temps.
Mais il reste quand même quelques bons coups à faire. L'autre jour j'avais piqué le dentier d'Ibuse (l'autre). Bon c'est drôle. Cette fois, j'ai décidé de m'offrir le dernier Hammerfall. Et puis
en fait, voilà que Judas a sorti son album : ah un truc pour moi ! Mais bizarrement -il sera chroniqué par ailleurs, on va pas faire long - à la sortie j'avais toujours bien faim. Alors
Hammerfall.
Hammerfall c'est une synthèse : à vrai dire c'est bien le metal actuel vu par les Allemands; enfin le revival true metal commercial. Mélodies bien agencées (l'intro c'est Secrets, et ça c'est une
intro, comme dans les livres : entendez-moi cet appel de la gratte là, enchaîné par quelques voix bien lointaines, puis la batterie s'approche, et on se lance. On chante en choeur 1'30 plus
tard). Mélodies ficelées : Le Fury Of The Wild est snapy. "Vengeance's calling me" etc.. C'est frais, l'approche est bonhomme. C'est ça, bonhomme. Hammer Of Justice est exemplaire : oh le beau
morceau - bon les Vieux vont râler qu'Accept est passé par là. Et pourquoi pas, si la Mémoire des Maîtres est si bien secondée.
En revanche, franchement, rien de nouveau sous le ciel du metal avec cet album : d'abord c'est au bout du compte sous-produit. On s'étonne : de nos jours. Avec un marteau pareil sur la pochette.
Ca manque de lourd, de gras, d'envolée, d'envergure. Et puis il y a toujours le slow. Je ne compare pas, et surtout pas le fait qu'à mon époque on emballait sur Klaus Meine. D'abord j'emballais
rien du tout. Et puis Meine c'est un cas. Le Sinatra du metal, toutes catégories confondues. Da Golden Metal Voice. Même produit par Dierks il en-chantait son monde. Meine l'Enchanteur. Donc un
slow pour dire que le monde s'arrête parce que ma copine ne m'aime plus. Oui bon. D'accord. Ca passera. D'ailleurs ils enchaînent avec Born To Rule ! Ca c'est de l'ellipse, et les choeurs à la
polonaise derrière ! Parce qu'un jour arrive où, transformé en Pépé, le jeune du metal il a les traites à payer et les horaires de la crèche à respecter ! Alors hein, Never Ever, oui 2 mn et on
repart massif ! Genre "Take The Black", ça c'est du bon. Et c'est comme ça qu'on le vit, le metal, passé un âge : "Ready to Attack, Take the Black" : on enchaîne les solos, on surinvestit
les pré-chorus, on distille les couplets massifs, on cause nucléaire, pas moins. On converse par claques dans la face, on s'écrit à coups de poing dans la gueule !
Sanglé dans son armure, Pépé approuve. "Des efforts à faire, mais Vous Etes Sur La Voie". Cet album est un bon moment. Mais si Hammerfall lâchait un peu les procédés connus depuis Mille ans et
s'achetait une table de mixage, ils marqueraient le coup et là franchement, ils concurrenceraient le Metal Mythique. C'est dommage. C'est pour la prochaine ?